# Quelles plantes possèdent des propriétés efficaces contre les allergies ?

Les allergies représentent aujourd’hui un véritable enjeu de santé publique, touchant près d’un tiers de la population mondiale selon l’Organisation Mondiale de la Santé. Cette augmentation spectaculaire des manifestations allergiques au cours des dernières décennies soulève de nombreuses questions et pousse à explorer des alternatives naturelles aux traitements conventionnels. La phytothérapie, pratique ancestrale remise au goût du jour, offre des solutions prometteuses pour atténuer les symptômes allergiques sans les effets secondaires souvent associés aux antihistaminiques synthétiques. Les propriétés antiallergiques de certaines plantes médicinales sont désormais documentées par des études scientifiques rigoureuses, validant ainsi des usages traditionnels millénaires. Cette approche naturelle s’inscrit parfaitement dans une démarche préventive et curative, permettant de moduler la réponse immunitaire excessive caractéristique des terrains allergiques.

Mécanismes physiologiques des réactions allergiques et action antihistaminique naturelle

Comprendre les mécanismes sous-jacents des réactions allergiques constitue la première étape pour apprécier pleinement l’efficacité des plantes médicinales. L’allergie se définit comme une réponse immunitaire excessive et inadaptée face à des substances normalement inoffensives présentes dans l’environnement. Cette hypersensibilité implique une cascade complexe de réactions cellulaires et moléculaires qui aboutissent aux symptômes désagréables que vous connaissez : éternuements, écoulements nasaux, démangeaisons, congestion et parfois difficultés respiratoires.

Libération d’histamine et cascade inflammatoire lors des allergies saisonnières

Lorsqu’un allergène comme le pollen pénètre dans votre organisme par les voies respiratoires ou cutanées, il est reconnu par des immunoglobulines E (IgE) spécifiques fixées à la surface des mastocytes et des basophiles. Cette reconnaissance déclenche un phénomène appelé dégranulation cellulaire, au cours duquel ces cellules libèrent massivement des médiateurs chimiques stockés dans leurs granules. L’histamine représente le principal médiateur responsable des symptômes allergiques immédiats. Une fois libérée, elle se fixe sur des récepteurs spécifiques (H1, H2, H3 et H4) présents sur diverses cellules cibles, provoquant une vasodilatation, une augmentation de la perméabilité vasculaire, une contraction des muscles lisses bronchiques et une stimulation des terminaisons nerveuses sensorielles. Ces effets physiologiques se traduisent cliniquement par les manifestations caractéristiques de la rhinite allergique, de l’urticaire ou de la conjonctivite.

La cascade inflammatoire ne s’arrête pas à la libération d’histamine. D’autres médiateurs comme les leucotriènes, les prostaglandines et diverses cytokines pro-inflammatoires (IL-4, IL-5, IL-13) sont également sécrétés, amplifiant et prolongeant la réaction allergique. Ces substances chimiques recrutent d’autres cellules immunitaires comme les éosinophiles, les lymphocytes T helper 2 et les cellules dendritiques, créant ainsi un environnement inflammatoire chronique au niveau des muqueuses respiratoires ou cutanées. Cette inflammation persistante explique pourquoi certaines personnes développent une hyperréactivité bronchique ou une sensibilisation croissante aux allergènes au fil du temps.

Inhibition de la dégranulation des mastocytes par les flavonoïdes végétaux

Les flavonoïdes, composés polyphénoliques abondants dans le règne végétal, exerc

ent un rôle central dans la modulation des réactions allergiques. Plusieurs travaux in vitro ont montré que certains flavonoïdes (quercétine, rutine, kaempférol, lutéoline) sont capables d’inhiber la dégranulation des mastocytes en empêchant l’entrée de calcium dans la cellule, étape clé pour l’exocytose des granules d’histamine. En limitant cette progression, ces molécules végétales réduisent la quantité d’histamine et de leucotriènes libérés dans les tissus, ce qui atténue les symptômes de rhinite allergique, de conjonctivite et d’urticaire.

On peut comparer cette action à celle d’un « pare-feu » qui ralentit la propagation d’un incendie : le foyer allergique existe, mais la décharge inflammatoire est contenue. La quercétine est l’un des flavonoïdes les mieux étudiés à ce jour : des études expérimentales suggèrent qu’une complémentation régulière pourrait diminuer la fréquence et l’intensité des crises chez les personnes souffrant d’allergies saisonnières. Dans la pratique, on la retrouve soit sous forme d’extrait standardisé, soit naturellement présente dans certaines plantes alimentaires et médicinales, ce qui ouvre la voie à des approches à la fois préventives et curatives.

Stabilisation membranaire et modulation des immunoglobulines E

Au-delà de la simple inhibition de la dégranulation, plusieurs composés issus des plantes exercent une véritable action de stabilisation membranaire sur les mastocytes et les basophiles. Cela signifie qu’ils renforcent la membrane cellulaire, la rendant moins susceptible de « exploser » au contact de l’allergène. Cette stabilisation rappelle le rôle d’un revêtement protecteur sur une structure fragile : la cellule reste fonctionnelle, mais réagit moins violemment aux stimuli extérieurs. Des polyphénols comme la quercétine, le resvératrol ou l’acide rosmarinique participent à ce mécanisme protecteur.

Parallèlement, certaines plantes semblent influencer la production et la fixation des immunoglobulines E (IgE) impliquées dans les réactions allergiques de type I. Des études précliniques sur le Reishi, la Perilla frutescens ou encore l’ortie dioïque suggèrent une diminution du titre d’IgE spécifiques et une modulation de la réponse Th2, prédominante chez les sujets allergiques. En rééquilibrant progressivement la balance immunitaire, ces plantes ne se contentent pas de masquer les symptômes : elles agissent en profondeur sur le terrain, ce qui en fait des candidates intéressantes pour une stratégie de prévention à long terme.

Action anti-inflammatoire des polyphénols sur les voies respiratoires

Les polyphénols végétaux exercent également une action anti-inflammatoire directe sur les muqueuses respiratoires irritées par les allergènes. Ils inhibent l’activité de certaines enzymes pro-inflammatoires comme la cyclo-oxygénase (COX) et la lipoxygénase (LOX), réduisant ainsi la synthèse de prostaglandines et de leucotriènes impliqués dans le bronchospasme et l’hyperréactivité des voies aériennes. En parallèle, ils limitent la production de cytokines pro-inflammatoires (TNF-α, IL-1β, IL-6), ce qui contribue à apaiser l’inflammation chronique du nez, des sinus et des bronches.

Concrètement, cela se traduit chez vous par une diminution de la congestion nasale, des sécrétions abondantes et de la sensation d’oppression thoracique. On peut comparer l’action des polyphénols à celle d’un régulateur de trafic sur une autoroute encombrée : ils fluidifient la circulation des signaux immunitaires et évitent les « embouteillages » inflammatoires. Des plantes comme le sureau noir, le cassis, le ginkgo ou la perilla sont particulièrement riches en ce type de composés, ce qui explique en partie leur efficacité observée dans les allergies respiratoires.

Plantes riches en quercétine pour contrer la rhinite allergique

Parmi les différents flavonoïdes étudiés, la quercétine occupe une place de choix dans la prise en charge naturelle de la rhinite allergique. Sa double action antihistaminique et anti-inflammatoire en fait un allié intéressant, aussi bien en prévention qu’en période de pollinisation intense. Plutôt que de recourir systématiquement à des compléments isolés, vous pouvez miser sur des plantes et aliments naturellement riches en quercétine, intégrés à votre alimentation ou à votre protocole de phytothérapie. Intéressons-nous à quelques espèces particulièrement bien documentées.

Oignon (allium cepa) et concentration en quercétine biodisponible

L’oignon est l’une des sources alimentaires de quercétine les plus accessibles au quotidien. La concentration en quercétine est particulièrement élevée dans les variétés rouges et jaunes, et se trouve en plus grande quantité dans les couches externes du bulbe. Plusieurs études ont montré que la quercétine issue de l’oignon présente une bonne biodisponibilité, notamment lorsqu’elle est consommée avec un repas contenant un peu de matières grasses, ce qui facilite son absorption intestinale. Intégrer régulièrement de l’oignon cru ou légèrement cuit à votre alimentation peut donc contribuer à diminuer le terrain allergique.

Sur le plan clinique, des préparations homéopathiques et des extraits d’oignon sont traditionnellement utilisés pour atténuer les symptômes du « rhume des foins » : écoulement nasal clair, yeux larmoyants, éternuements répétés. Bien sûr, manger une salade d’oignons ne suffira pas à remplacer un traitement en cas d’allergie sévère, mais cela représente un levier simple et naturel pour renforcer votre stratégie globale. Si vous êtes sujet à des troubles digestifs, commencez par de petites quantités et privilégiez les oignons cuits doux, plus faciles à tolérer.

Câprier (capparis spinosa) et inhibition de la libération histaminique

Le câprier, connu pour ses boutons floraux consommés comme condiment, est une autre source intéressante de flavonoïdes, dont la quercétine et la rutine. Des études in vitro ont mis en évidence la capacité des extraits de Capparis spinosa à inhiber la libération d’histamine par les mastocytes, suggérant un potentiel antiallergique non négligeable. Cette inhibition se ferait en partie par modulation des canaux calciques et par un effet antioxydant puissant qui protège les cellules immunitaires du stress oxydatif.

En phytothérapie, on utilise plutôt des extraits standardisés de câprier, sous forme de gélules ou de solutions buvables, dans les protocoles visant à réduire la réactivité aux pollens et aux allergènes environnementaux. Leur association avec d’autres plantes riches en quercétine, comme l’oignon ou le sureau, permet d’obtenir une synergie intéressante. Attention toutefois : en raison de leur teneur en sel, les câpres alimentaires en bocal ne doivent pas être consommées en excès chez les personnes souffrant d’hypertension ou de pathologies cardiovasculaires.

Sureau noir (sambucus nigra) dans le traitement des symptômes respiratoires

Les fleurs et les baies de sureau noir renferment des flavonoïdes (quercétine, rutine, isoquercitrine) ainsi que des anthocyanes aux propriétés antioxydantes marquées. Traditionnellement utilisé pour les infections respiratoires bénignes, le sureau trouve également sa place dans la prise en charge de la rhinite allergique et des bronchites d’origine allergique. Ses extraits contribuent à fluidifier les sécrétions, à calmer les irritations de la gorge et à soutenir l’immunité des muqueuses respiratoires.

Vous pouvez consommer le sureau sous forme de tisane de fleurs, de sirop de baies ou d’extraits standardisés, en cures de plusieurs semaines pendant la saison pollinique. En plus de son action sur les symptômes, sa richesse en polyphénols vient compléter le travail des autres plantes antihistaminiques naturelles. Comme toujours avec les baies, il convient de respecter les doses conseillées et de ne pas utiliser de baies crues en grande quantité, car elles peuvent être légèrement laxatives ou provoquer des troubles digestifs chez les personnes sensibles.

Ginkgo biloba et réduction des manifestations allergiques cutanées

Le Ginkgo biloba, célèbre pour ses effets sur la circulation cérébrale, possède également des propriétés intéressantes dans le contexte allergique. Ses feuilles renferment des flavonol-glycosides (dont la quercétine et le kaempférol) et des terpénolactones qui exercent une activité antioxydante et anti-inflammatoire. Des travaux ont montré que certains extraits de ginkgo peuvent diminuer l’expression de molécules d’adhésion impliquées dans le recrutement des cellules inflammatoires, et moduler la production de cytokines pro-inflammatoires.

Dans le domaine des allergies, le ginkgo est particulièrement étudié pour son potentiel sur les manifestations cutanées : démangeaisons, rougeurs, urticaire chronique. Il pourrait aider à réduire l’intensité du prurit et la fréquence des poussées, notamment lorsqu’il est associé à des soins locaux apaisants (camomille, calendula, nigelle). Cependant, le ginkgo présente des interactions possibles avec les traitements anticoagulants et antiagrégants plaquettaires ; il est donc indispensable de demander l’avis de votre médecin avant d’entamer une cure, surtout en cas de traitement médicamenteux au long cours.

Ortie dioïque (urtica dioica) et ses propriétés antiallergiques cliniquement prouvées

L’ortie dioïque est probablement l’une des plantes les plus complètes pour les terrains allergiques. Longtemps considérée comme une simple « mauvaise herbe », elle s’impose aujourd’hui comme une référence de la phytothérapie moderne. Riche en minéraux (fer, calcium, magnésium), en vitamines, en flavonoïdes et en amines biogènes (dont l’histamine elle-même), l’ortie exerce une action antihistaminique paradoxale : en apportant une petite quantité d’histamine naturelle, elle contribue à saturer les récepteurs et à limiter la réponse allergique excessive, un peu comme une désensibilisation en douceur.

Plusieurs études cliniques ont mis en évidence une amélioration significative des symptômes de rhinite allergique (éternuements, congestion nasale, démangeaisons) chez des patients prenant des extraits d’ortie comparés à un placebo. En pratique, on utilise soit la feuille en tisane ou décoction, soit des extraits secs ou fluides standardisés, en cure de plusieurs semaines, idéalement démarrée un à deux mois avant la période de pollinisation. L’ortie agit également comme dépuratif, favorisant l’élimination des toxines et soutenant le fonctionnement du foie et des reins, ce qui est précieux lorsque l’organisme est soumis à un stress immunitaire répété.

Vous pouvez consommer l’ortie sous forme de tisane quotidienne (2 à 3 tasses par jour), de gélules ou de jus frais si vous avez accès à la plante fraîche et à un extracteur. Comme elle est légèrement diurétique, il convient d’adapter les doses en cas de traitement pour l’insuffisance cardiaque ou rénale, et de demander un avis médical en cas de pathologie chronique. En dehors de ces précautions, l’ortie est généralement bien tolérée et peut être utilisée sur de longues périodes, ce qui en fait une excellente plante de terrain pour les allergiques récidivants.

Perilla frutescens et acide rosmarinique contre l’asthme allergique

Perilla frutescens, parfois appelée « shiso », est une plante aromatique originaire d’Asie, traditionnellement utilisée dans la cuisine japonaise et chinoise. Ses graines et ses feuilles sont riches en acides gras oméga-3 (acide alpha-linolénique), en flavonoïdes et en acide rosmarinique, un polyphénol particulièrement étudié pour ses propriétés antiallergiques. L’acide rosmarinique agit à plusieurs niveaux : inhibition de la dégranulation des mastocytes, réduction de la production de leucotriènes et de prostaglandines, et diminution de l’expression de certaines cytokines pro-inflammatoires impliquées dans l’asthme allergique.

Des essais cliniques ont montré que des extraits de perilla pouvaient améliorer les symptômes d’asthme léger à modéré d’origine allergique, en réduisant la fréquence des crises, la toux nocturne et la sensation d’oppression thoracique. Vous vous demandez comment l’intégrer concrètement à votre routine ? En Europe, la perilla est surtout disponible sous forme de capsules d’huile ou de compléments combinant huile végétale et huile essentielle. Ces formules, souvent commercialisées pour « mieux respirer » au printemps, peuvent être utilisées en cure d’attaque au début de la saison pollinique, puis en entretien sur quelques semaines, sous réserve d’un avis médical si vous êtes asthmatique.

Son profil riche en oméga-3 contribue aussi à rééquilibrer le rapport oméga-6/oméga-3 de l’alimentation, souvent trop pro-inflammatoire dans nos sociétés modernes. Cet effet systémique s’ajoute à l’action locale sur les bronches et en fait une plante particulièrement intéressante pour les terrains atopiques, où coexistent asthme, eczéma et rhinite allergique. Attention toutefois chez les personnes sous traitement anticoagulant ou antiagrégant : comme pour tout apport significatif en oméga-3, un avis médical s’impose pour éviter un risque de saignement excessif.

Plantes adaptogènes modulatrices du système immunitaire

Les plantes adaptogènes sont réputées pour leur capacité à aider l’organisme à s’adapter au stress, qu’il soit physique, psychique ou environnemental. Dans le cadre des allergies, elles intéressent les phytothérapeutes pour leur action modulatrice sur le système immunitaire et endocrinien. Plutôt que de stimuler ou de freiner brutalement l’immunité, elles tendent à la « normaliser », ce qui est particulièrement utile sur un terrain allergique où la réponse est exagérée et déséquilibrée. Voyons comment certaines d’entre elles peuvent s’intégrer à une stratégie globale de prise en charge des allergies respiratoires et cutanées.

Reishi (ganoderma lucidum) et régulation des cytokines pro-inflammatoires

Le Reishi, ou « champignon de longue vie » dans la tradition asiatique, est l’un des adaptogènes les plus étudiés pour ses effets immunomodulateurs. Riche en polysaccharides, triterpènes et peptides spécifiques, il agit sur plusieurs voies de signalisation impliquées dans l’inflammation. Des études suggèrent que le Reishi peut réduire la production de cytokines pro-inflammatoires (TNF-α, IL-6) et moduler la réponse Th1/Th2, ce qui est particulièrement intéressant dans les allergies où la réponse Th2 est dominante.

Concrètement, son utilisation en cure de fond peut aider à diminuer la fréquence et l’intensité des réactions allergiques, notamment dans l’asthme, la rhinite chronique et certains eczémas atopiques. Le Reishi se présente en gélules d’extraits standardisés, en poudre ou en décoction de champignon sec. Il est généralement pris sur plusieurs mois, souvent associé à d’autres plantes de terrain comme l’astragale ou l’ortie. Comme il peut interagir avec certains traitements immunosuppresseurs ou anticoagulants, un avis médical est indispensable chez les personnes sous médication lourde ou atteintes de maladies auto-immunes.

Astragale (astragalus membranaceus) pour renforcer la tolérance immunitaire

L’astragale est traditionnellement utilisée en médecine chinoise pour « tonifier le Qi » et renforcer les défenses de l’organisme. Ses racines contiennent des polysaccharides, des saponines et des flavonoïdes qui exercent une action stimulante douce sur l’immunité, tout en améliorant la tolérance aux agressions extérieures. Dans le contexte allergique, l’astragale est intéressante car elle semble favoriser une meilleure tolérance immunitaire, réduisant la tendance à réagir de manière disproportionnée aux allergènes banals.

On l’utilise volontiers en cure préventive, débutée à la fin de l’hiver ou au tout début du printemps, chez les personnes qui savent qu’elles vont souffrir de allergies saisonnières importantes. L’astragale se consomme sous forme de décoction de racine, d’extrait liquide ou de gélules d’extrait sec. Elle peut être associée à des plantes antihistaminiques comme le plantain ou l’ortie pour une action plus complète. Elle reste toutefois déconseillée en cas de maladie auto-immune évolutive ou de traitement immunosuppresseur, car son effet stimulant pourrait interférer avec la stratégie thérapeutique.

Curcuma longa et curcumine contre l’inflammation allergique chronique

Le curcuma, et plus particulièrement sa principale molécule active, la curcumine, est bien connu pour ses propriétés anti-inflammatoires systémiques. En inhibant les voies NF-κB et COX-2, la curcumine réduit la production de nombreuses cytokines et médiateurs impliqués dans l’inflammation chronique. Dans le cadre des allergies, cet effet peut se traduire par une diminution de l’hyperréactivité des muqueuses respiratoires et une amélioration des symptômes associés à l’eczéma ou à l’urticaire chronique.

La curcumine souffre cependant d’une biodisponibilité orale assez faible. Pour contourner cette limite, on privilégie des extraits standardisés associés à de la pipérine (poivre noir) ou formulés sous forme phytosomale, nettement mieux absorbés. Intégrer régulièrement du curcuma frais ou en poudre dans l’alimentation reste néanmoins intéressant comme soutien de fond, notamment dans le cadre d’une alimentation anti-inflammatoire globale. Attention toutefois en cas de calculs biliaires ou de prise d’anticoagulants : des dosages élevés en curcumine peuvent être contre-indiqués et nécessitent un avis médical.

Protocoles phytothérapeutiques et posologie pour allergies respiratoires et cutanées

Connaître les propriétés des plantes est une première étape ; savoir comment les utiliser concrètement au quotidien en est une autre. Dans la prise en charge des allergies respiratoires (rhinite, asthme léger) et cutanées (eczéma, urticaire), l’objectif est de combiner des plantes à action symptomatique rapide et des plantes de terrain agissant sur le long terme. Vous vous demandez peut-être sous quelle forme privilégier ces plantes : extraits standardisés ou tisanes traditionnelles ? Quelles associations sont les plus pertinentes ? Voyons cela en détail.

Extraits standardisés versus tisanes traditionnelles : biodisponibilité comparative

Les tisanes (infusions, décoctions) représentent la forme la plus traditionnelle de phytothérapie. Elles permettent d’extraire une grande partie des composés hydrosolubles (mucilages, tanins, certains flavonoïdes) et offrent un contact direct avec la plante. Elles sont particulièrement adaptées pour les plantes émollientes et apaisantes des muqueuses, comme la mauve, le bouillon blanc ou le plantain. Cependant, certains constituants lipophiles (huiles essentielles, certains polyphénols) sont moins bien extraits dans l’eau chaude, ce qui peut limiter leur efficacité pour des indications spécifiques.

Les extraits standardisés (secs, fluides, titrés en principe actif) présentent l’avantage d’une concentration connue et reproductible en molécules actives, ainsi qu’une meilleure biodisponibilité pour certaines d’entre elles. Par exemple, la quercétine, la curcumine ou les triterpènes du Reishi sont souvent mieux absorbés sous forme d’extraits formulés qu’en tisane brute. En contrepartie, ces formes concentrées exigent une vigilance accrue sur les doses et les interactions médicamenteuses. En pratique, une approche combinée fonctionne très bien : tisanes quotidiennes pour apaiser et hydrater les muqueuses, et extraits standardisés pour cibler l’histamine, l’inflammation ou la modulation immunitaire.

Synergies végétales et associations thérapeutiques optimales

En phytothérapie, l’un des grands atouts réside dans la possibilité de combiner plusieurs plantes pour bénéficier d’une synergie d’actions. Dans les allergies respiratoires, on peut par exemple associer :

  • une plante antihistaminique (ortie, plantain, perilla) pour diminuer la libération d’histamine ;
  • une plante anti-inflammatoire et antioxydante (curcuma, sureau, cassis) pour calmer la réaction locale ;
  • une plante adaptogène ou immunomodulatrice (Reishi, astragale) pour travailler le terrain à long terme.

Pour les allergies cutanées, une association fréquente consiste à combiner un drainage doux (bardane, pensée sauvage, fumeterre) avec des soins locaux apaisants (camomille allemande, calendula, nigelle) et, si nécessaire, une plante antiallergique interne (ortie, ginkgo). Chaque combinaison doit être adaptée à votre profil : âge, antécédents médicaux, traitements en cours, intensité des symptômes. C’est là que l’accompagnement par un phytothérapeute ou un professionnel de santé formé à la phytothérapie prend tout son sens.

Durée de traitement et prévention saisonnière des pollinoses

Les allergies saisonnières, ou pollinoses, nécessitent une stratégie anticipée plutôt qu’une intervention de dernière minute. Idéalement, les traitements de fond à base de plantes modulatrices (ortie, astragale, Reishi, cassis en gemmothérapie, perilla) devraient débuter 6 à 8 semaines avant le début prévu de la saison pollinique dans votre région. Cette phase préparatoire permet de diminuer progressivement la réactivité immunitaire et de renforcer les muqueuses respiratoires avant l’exposition massive aux pollens.

Pendant la période de pollinisation, les mêmes plantes peuvent être poursuivies, souvent à des doses d’entretien, tandis que des plantes plus symptomatiques (plantain, sureau, camomille, bouillon blanc) sont ajoutées ponctuellement en cas de crise. La durée totale de la cure varie en général de 3 à 6 mois, avec des pauses éventuelles d’une semaine toutes les 3 à 4 semaines pour évaluer l’évolution des symptômes. Pour les allergies cutanées chroniques, des cures de plusieurs mois, renouvelées deux à trois fois par an, sont fréquentes, toujours sous surveillance médicale si les lésions sont étendues ou compliquées.

Contre-indications médicamenteuses et interactions pharmacologiques

Si les plantes offrent des perspectives intéressantes pour soulager les allergies, elles ne sont pas dénuées de précautions d’emploi. Certaines espèces interagissent avec des médicaments courants : le ginkgo, le Reishi, la perilla (riche en oméga-3) ou la curcumine peuvent potentialiser l’effet des anticoagulants et antiagrégants plaquettaires ; l’astragale peut interférer avec les traitements immunosuppresseurs ; le cassis et certains bourgeons en gemmothérapie sont déconseillés en cas d’œdèmes d’origine cardiaque ou rénale. De plus, les huiles essentielles antiallergiques (estragon, camomille romaine, camomille matricaire) sont généralement contre-indiquées chez la femme enceinte, la femme allaitante et le jeune enfant.

Avant de mettre en place un protocole phytothérapeutique complet contre vos allergies, il est donc indispensable d’informer votre médecin ou votre pharmacien de tous les compléments et plantes que vous envisagez de prendre. En cas de pathologie chronique (asthme sévère, maladie cardiovasculaire, insuffisance rénale ou hépatique, maladies auto-immunes), l’automédication avec des plantes concentrées est fortement déconseillée. Les traitements médicaux prescrits (antihistaminiques, corticoïdes inhalés, bronchodilatateurs, stylos d’adrénaline) ne doivent jamais être arrêtés ou modifiés sans avis médical, même si une amélioration est observée avec la phytothérapie. Les plantes s’intègrent alors comme un complément, dans une approche globale et personnalisée du terrain allergique.